Le Printemps

by Vîrus x Jehan-Rictus

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1.
La Journée 03:41
Merl’ v’là l’ Printemps ! Ah ! salop’rie / V’là l’ monde enquier qu’est aux z’abois / Et v’là t’y pas c’te putain d’ Vie / Qu’a s’arr’nouvelle encore eun’ fois ! / Et v’là t’y pas c’te putain d’ Vie… V’là les poèt’s qui pinc’nt leur lyre / (Malgré qu’y n’aient rien dans l’ fusil) / V’là les Parigots en délire / Pass’ qu’y pouss’ trois branch’s de persil ! / V’là des z’éclairs, des z’orages / D’ la puïe qui vous tombe à siaux / Rapport à d’ gros salauds d’ nuages / Qu’ont pas pitié d’ mes godillots. / Car c’t’ épatant, d’pis quéqu’s z’années / Les saisons a sont comm’ pourries ; Salop’rie ! / Et c’est affreux et si tell’ment / Malpropre, obscur et délétère / Qu’on s’ figur’rait qu’ les z’éléments / Sont sous l’ régim’ parlementaire. / Mais les salad’s a sort’nt de terre / Les genss’ y sort’nt su’ l’ boul’vard. / Les flics sort’nt de leur caractère : J’vourais ben, moi, sortir d’ quéqu’ part ! Merl’ v’là l’ Printemps ! Ah ! salop’rie V’là qu’ tout r’commence. / L’Amour, y « gonfle tous les cœurs » / D’après l’ chi-chi des chroniqueurs / Quand c’est qu’y m’ gonflera… la panse ? / Qu’y m’ foutra eun’ pelure / Eun’ liquette, un tub’, des sorlots. / Si qu’a fait peau neuv’ la Nature / Moi, j’ suis cor’ mis comme un salaud ! / Mes chaussett’s ? C’est pus qu’ des mitaines ! / Mes s’mell’s ? Des gueul’s d’alligators : Ma requimpette a fait d’ la peine / Mon phalzar, y m’ fait du tort ! / Quant à mon bloum, ah ! parlons-en / Rien qu’ d’y penser ça m’ fout la flemme / À côté d’ lui Mathusalem / N’est qu’un cynique adolescent. / Avec ça l’ Glorieux m’ roussit l’ crâne / Et éclaire comm’ par calcul / Mes nipp’s couleur de pissat d’âne / Les trous d’ mes coud’s et ceux d’ mon cul ! Merl’ v’là l’ Printemps ! Ah ! salop’rie Merl’ v’là l’ Printemps ! Ah ! salop’rie Ah ! ben il est frais l’ mois d’Avril / Le v’là l’ temps des métamorphoses ! / Moi, j’ chang’ pas d’ peau comm’ les reptiles / J’ suis tous les Printemps la mêm’ chose. / En attendant, les gas d’ la Haute / (Qui nous sont dévoués l’Hiver) / Se caval’nt et vont s’ mett’ au vert ; Si gn’a d’la dèch’, c’est-y d’ leur faute ? / - Maint’nant, qu’y dis’nt, la Vie est belle / Les pauvr’s y n’ont pus grand besoin / (L’ fait est que d’pis qu’y sont loin / Gn’a pus qu’ du vent dans leurs poubelles !) / (Tout c’ mond’-là , mêm’ quand c’est sincère / Y s’ figur’ pas qu’ la charité / Entretient la mendicité / Et fait qu’ perpétuer la misère.) / Moi, j’ m’en fous de leur galette / Qu’y se l’enfonc’nt dans l’ troufignon / Ceuss’ qui viv’nt de leur pognon / J’ les méprise ! -Y sont moins qu’ des bêtes ! / Moi, j’ m’en fous d’ leur pognon / Qu’y se l’enfonc’nt dans l’ troufignon / Ceuss’ qui viv’nt de leur galette / J’ les méprise ! -Y sont moins qu’des bêtes ! Si pourtant l’un d’ nous / (Histoire ed’ venger la faiblesse) / Leur éclaboussait leur noblesse / D’eun’ vieill’ pomme ou d’un trognon d’ chou… / (Ah ! ma chère ! Y aurait pas d’ police / Assez fort’ pour cet attentat / Et ça f’rait eune affair’ d’État. / Malheur ! Ousqu’alle est la Justice ?)…
2.
……………………………………………………………………. Des fois, j’ vourais ben me sortir le cœur, Pou’ rien, pou’ l’ plaisi’ pou’ lui donner d’ l’air, Car des fois j’ me l’ sens enfler sous la chair Au point que, m’ tenant l’aisselle à mains jointes Je m’ dis : « Arrêt’-toi ? T’ as l’air d’un soulaud. Tu vas t’affaler su’ l’ bitum’ qui suinte, Y va éclater ton sac de sanglots ! » Des fois, j’ vourais ben me sortir le cœur.
3.
À présent rappliqu’ le Furtif / Mossieu l’ Rêveur, dit Crépuscule / Les cravailleurs rentr’nt et s’ bousculent / C’est l’heure de l’apéritif ! / Les pense-à-rien, les crache-impôts / Rumin’nt par tas noirs aux terrasses / Eun’ bris’ d’amour leur fait la grâce / Ed’ fraîchir un peu leurs tronch’s de veaux. / Les bras ballants, la voix rêche / Par group’s, au coin des carrefours / Populo gouale ses amours / Et l’ plaisir d’aimer… dans la dèche ! / (Enfin tant pis - deux ronds d’ perlo / Trois sous d’ liqueur, deux sous d’ mensonge / Deux ronds d’ musique, un sou d’ songe… / Y s’ content’ de rien , Populo !) / (Ses Dimanch’s, donc, quelle affaire !) / C’est là qu’ faut voir l’ lion populaire / Balader ses vieux testicules / (Qu’auraient ben besoin d’un coup d’ fion) / S’ tasser dans des véhicules / Mal foutus, étroits, mal crépis / Sous l’œil de simili-troufions / Qu’y z’ont des galons au képi ! / Lui qu’ a pris la Bastille / Y n’ prend pus que l’ trom’ du mêm’ nom / Y n’ prend pus d’ nombreux canons / Que chez l’ bistrot où qu’y croustille. / L’ Dimanche, y va à la campagne / Chercher des trous et des p’tits coins / Pour contenter ses p’tits besoins / Et engrosser ses pauv’s compagnes / Loin des yeux de l’autorité ! / (Tout’s ses audac’s ont l’ mêm’ calibre / C’est sa magnère à c’ peuple libre / De faire acte de liberté !) / Mais v’là qu’arrive l’heur’ de s’en j’ter : Dehors, aux tables des gargotes / L’ Fauv’ Souverain s’empiffre et rote / Avec force et tranquillité / Tandis qu’ les tram’s jouent d’ la trompette / (Quand c’est qu’y joueront du hautbois !) / Et qu’ dans leurs costum’s de lopettes / Les bicycliss’s y vont au Bois. / J’vas vous en foutr’, moi, des romances / Du vague à l’âme et des primeurs / Tout l’ monde est pas heureux en France / Gn’en a qui sont d’ mauvaise humeur / J’vas vous en foutr’, moi, des romances / Du vague à l’âme et des primeurs / Tout l’ monde est pas heureux en France… Avant d’ sombrer au coin d’eun’ rue / (Mézigue, un quasi-bachelier !!!) L’ bonheur partout et, la nuit v’nue / Sûr que j’ vas m’ mett’ à aboyer… Avant d’ sombrer au coin d’eun’ rue / (Mézigue, un quasi-bachelier !!!) L’ bonheur partout et, la nuit v’nue / Sûr que j’ vas m’ mett’ à aboyer… Bon ! à présent quoi c’est qu’embaume ? / C’est l’ Mystérieux, c’est l’ Consolant / L’ soir endormeur des pauv’s tits mômes / Qui s’ traîne en douce, à la flan. / L’ Flamboyant flanche, va s’plumer / La preumière Étoile a brille / Comme un regard de pauvre fille / Dont l’amour s’rait pas estimé. / Oh ! que c’est mignon les lueurs / Qu’on voit partout superposées / À chaque étage, à tout’s croisées / (Sûr, que ce soir gn’a qu’ du bonheur !) / C’est des abat-jour transparents / Cœurs en fafiots brûlants d’ tendresse / (Oh ! ceuss qui, ce soir d’ivresse / Ont pas d’ chérie et pas d’ parents !) / Des Enlacés pass’nt deux par deux / (Comm’ la Mort toujours près d’ la Vie) / Y m’ frôl’nt, y vont – je m’ fais des ch’veux / Car moi j’ suis seul et ça m’ennuie / Des Enlacés pass’nt deux par deux / (Comm’ la Mort toujours près d’ la Vie) / Y m’ frôl’nt, y vont – je m’ fais des ch’veux / Car moi j’ suis seul et ça m’ennuie…

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CD bonus au Livre-Disque "Les Soliloques du Pauvre".
Libre adaptation des poèmes de Gabriel Randon dit Jehan-Rictus (1867-1933). Avec la participation de Jean-Claude Dreyfus.

Disponible ici, en pack livre-disque ou t-shirt Jehan-Rictus: shop.rayondufond.com/catalogue/

credits

released April 12, 2019

Texte original : Jehan-Rictus
Adaptation et interprétation : Vîrus & Jean-Claude Dreyfus
Composition musicale : Banane
Illustrations : La rouille

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